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Madeleine, Pierre, Jean et moi HOMÉLIE DU JOUR DE PÂQUES - SANCTUAIRE DE BÉTHARRAM, 31 MARS 2002 |
| Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (20,1-9) Le premier jour de la semaine, Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin, alors qu'il fait encore sombre. Elle voit que la pierre a été enlevée du tombeau. Elle court donc trouver Simon-Pierre et l'autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit: "On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l'a mis." Pierre partit donc, avec l'autre disciple pour se rendre au tombeau. Ils couraient tous les deux ensemble, mais l'autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau. En se penchant, il voit que le linceul est resté là; cependant il n'entre pas. Simon-Pierre, qui le suivait, arrive à son tour. Il entre dans le tombeau, et il regarde le linceul resté là, et le linge qui avait recouvert la tête, non pa posé avec le linceul, mais roulé à part à sa place. C'est alors qu'entra l'autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau. Il vit et il crut. Jusque là, en effet, les disciples n'avaient pas vu que, d'après l'Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d'entre les morts. |
Ce matin, je pensais que tout était fini, quand je me suis rendu au tombeau pour embaumer son corps. Il faisait sombre dans le ciel et dans mon âme. J’ai vu la pierre qui fermait l’entrée : elle était enlevée. Je n’ai pas eu besoin d’aller plus loin. J’ai tout laissé, mes larmes, mes parfums, le deuil. J’avais tellement envie d’y croire, croire à ce qu’il racontait sur le chemin et qu’on avait du mal à comprendre. On se disait : « Le maître est triste, il a de drôles d’idées, il nous parle de son départ, il nous dit qu’il reviendra. » On ne comprenait pas tout, mais on était saisi par sa parole. On était bien avec lui. C’est comme si tout était possible, tout était remis, les dettes, les peurs, le péché. Nous étions plusieurs femmes à le suivre, en plus des disciples. Ça nous a menés à Jérusalem. L’enthousiasme montait. La haine aussi. Les grands avaient juré sa mort. Pourquoi ont-ils fait ça ?… ça, c’est-à-dire le jugement, le supplice, la mort en croix, ce vendredi. J’y étais, avec Marie, sa mère, et l’autre Marie. Rien d’étonnant, les femmes sont les gardiennes de la vie : les premières au berceau, les dernières au tombeau. Sauf que la pierre a été roulée. Maintenant, je ne sais plus trop où j’en suis. Il faut absolument que je parle aux disciples. |
Tout s’est écroulé avec son arrestation. J’avais peur, je me suis caché, comme les autres ; trois fois j’ai prétendu ne pas le connaître. Quand le coq a chanté, mon cœur s’est glacé. J’ai lâché mon ami. Je ne me le pardonnerai jamais… Pourtant quand il m’a choisi, il s’avait à quoi s’en tenir. Il savait ce que j’avais dans le ventre, ma générosité, mon inconstance ; là où il est, il doit savoir ce que j’ai sur le cœur… Et puis, il y a ces racontars de bonne femme : « On a enlevé le Seigneur, nous ne savons pas où on l’a mis ! » Ni une ni deux, Jean a détalé. Il a la jeunesse pour lui. Moi j’ai suivi, au début, par curiosité, et puis, je ne sais pas ce qui m’a pris, j’ai pressé le pas. J’ai même couru, à la fin, un pressentiment, une folie. Marie avait raison : la tombe était vide, le linge, soigneusement plié. Est-ce qu’on laisse tout en ordre quand on subtilise un cadavre ?… Et si c’était vrai, le temple relevé en trois jours, le Royaume qui n’est pas de ce monde, le Fils de l’homme, le Père qui l’a envoyé... J’en suis tout remué. |
Moi Jean, j’en suis témoin. Dans la langue d’Israël, mon prénom signifie : Dieu donne, Dieu fait grâce… Aujourd’hui, Dieu m’a fait la plus belle grâce de ma vie. Arrivé le premier au tombeau, je me suis effacé devant Pierre. Normal, c’est l’aîné, celui qui a été mis à la tête de la communauté. Il était tout chose quand je l’ai rejoint dans le sépulcre. Il n’y avait rien à voir, rien, vous m’entendez ? De mes yeux j’ai vu le vide, l'absence, l’espace libre, l’espoir libéré. J’ai vu et j’ai cru. La vie est ailleurs. Je n’ai pas les mots pour le dire, mais je sais, je sais qu’Il est ressuscité. |
J’ai bien dit envoyé, pour leur dire, à tous ceux du dehors, que l’Amour n’est pas mort. Que l’Espérance est le plus sacré dans l’homme. Que la foi est un doute surmonté, un confiance accordée, une ouverture à la vérité. Je leur dirai qu’elle est pour eux cette Église de pécheurs, celle des filles perdues, des renégats et des petits derniers, celle de Madeleine, Pierre et Jean, pas celle de Caïphe et autres bien-pensants. Elle est née de la croix et du tombeau ouvert, humble et servante, cette Église que la société ignore et que la presse égratigne. Ça fait 2000 ans que ça dure et le salut est plus attendu que jamais.
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Madeleine aurait fini ses jours dans une grotte, à la Sainte-Baume. Pierre a été crucifié à Rome, en 64, la tête en bas. Jean s’est éteint à Éphèse, au début du IIe siècle. Leur existence a été transformée depuis un certain dimanche. Qu’y a-t-il de commun entre eux et nous ? Mais une rencontre, une passion, une histoire de mort et de résurrection ! Celui qui leur a brûlé le cœur est toujours vivant. Son Cœur bat pour nous, aujourd’hui comme hier et pour l’éternité. Il est là, à portée de main, Il est là, dans la Parole révélée, dans le pain et le vin consacrés, Il viendra en nous au moment de la communion. Sachons l’accueillir. Qui ça ? Eh bien, le Christ notre Pâque. Il était mort, Il est notre vie. Jésus ! |