L’ancien Calvaire de Bétharram (suite)

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Dans le numéro précédent de l’Echo, nous avons noté tout le travail réalisé par Hubert Charpentier pour réaliser l’oeuvre remarquable des stations du Calvaire. Nous entrons aujourd’hui un peu plus en détail dans cette belle réalisation et nous voyons tout d’abord ce qui l’a mobilisé pour ce projet grandiose.

En cherchant à exciter, parmi les foules accourues à Bétharram une ferveur de plus en plus grande, Charpentier et ses compagnons furent amenés à réfléchir sur le miracle de la Croix, arrivé six années auparavant. Il leur sembla qu’ils devaient réunir en un même lieu les souvenirs de la Passion et le culte de la Vierge.

Le projet de représenter sur les flancs de la colline, dans de petits oratoires, les principales scènes de la Passion, et de couronner le sommet par les trois Croix, avec une chapelle du Saint Sépulcre en regard, s’offrit au pieux fondateur entouré de tous les caractères d’une inspiration d’en haut. Il avouait volontiers  dans la suite, avec une religieuse modestie, que l’idée d’établir le Calvaire ne lui était pas venue « de la force de son génie », ni de la « féconde vivacité de son imagination », mais qu’elle lui avait été « divinement communiquée ».

Les trois Croix, avec les figures de Notre Seigneur et des deux larrons, furent solennellement plantées au haut de la colline, le vendredi Saint de l’année 1623 et, le jour de la Nativité de la Vierge, on y fit monter la première procession. Peu de jours après, Hubert Charpentier passait à Mont-de-Marsan ; il s’arrêta dans un monastère très ancien de l’ordre de Sainte Claire ; l’abbesse lui raconta qu’à son entrée en religion « elle y avait trouvé une religieuse native des environs de Bétharram, à laquelle elle avait ouï souvent parler de cette dévotion, et des grâces que Dieu y faisait avant l’introduction de l’hérésie en Béarn, et que cette chapelle et les environs s’appelaient « la Terre Sainte ». Ce fut pour Charpentier la confirmation providentielle du dessein qu’il avait conçu et dont il allait poursuivre l’exécution pendant quinze années d’infatigable labeur.

Il fut soutenu dans son œuvre par la piété généreuse des pèlerins et surtout par les largesses de quelques bienfaiteurs insignes. Au premier rang, le P. Poiré nomme Louis XIII, les deux reines Marie de Médicis et Anne d’Autriche, ainsi que Gaston d’Orléans, frère du roi. En 1625, Louis XIII fit construire, sur le plus vif escarpement de la colline, la chapelle Saint Louis avec son chevet arrondi, flanqué de deux cellules carrées, ayant chacun sa galerie, d’où le regard embrassait, dans un cadre étroit mais gracieux, l’extrémité de la plaine, les bords charmants du gave, et l’entrée de la gorge de Saint-Pé.

Le dessein primitif d’élever sur la colline des cellules pour les pèlerins et pour les prêtres de la congrégation qui voudraient vaquer aux exercices spirituels continue de prendre forme. Un catholique zélé, le baron de Poyane nommé gouverneur de Navarrenx par Louis XIII, lors de son voyage en Béarn, fit bâtir, au sud de la chapelle, la cellule Saint Bernard, et peindre sur les murs la pieuse histoire du moine de Clairvaux. Un peu plus haut, se trouvait la cellule Saint-Cyprien, située sur un étroit plateau d'où un escalier descendait jusqu'à la maison des chapelains. La plus élevée, de ce côté-là était la cellule Saint François de Paule que l'on offrait aux pèlerins de haut rang. La cellule Saint Antoine était située sur les rochers abrupts qui servent de piédestal  à la chapelle de Louis XIII. Derrière le chevet de la chapelle Notre Dame, s'élevait la cellule Saint Joseph, la première et longtemps l'unique habitation des chapelains.

Devant le portail, un enclos en pente rapide était entouré des trois cellules de Saint Etienne, Sainte Anne et Saint François : c’est à cet endroit que figurait le Jardin des Oliviers. A quelques pas plus haut, on trouvait la station de la Prise du Sauveur. La ville de Mont-de-Marsan fit bâtir l’ermitage Saint Roch sur le flanc septentrional du Calvaire, en reconnaissance à Notre Dame de Bétharram qui avait protégé cette ville du fléau de la peste ; Marca précise que cet ermitage est construit par cette ville « pour faire voir sa gratitude à la postérité, en considération de la faveur signalée qu’elle avait impétrée par les prières de la Vierge honorée à Bétharram».

En haut du Calvaire, en face des trois Croix, à l’autre bout de l’esplanade, se trouvait le Saint Sépulcre terminé en 1639 ; la représentation de la mise au tombeau y était admirable. C’est dans cette station que les pèlerins aimaient se rassembler pour recevoir le pardon de leurs péchés.

(à suivre)

 

D’après le Père Vignolle

« Le Calvaire de Bétharram » 1874